Chapelle de l’Hôpital Saint-Morand

Où se trouve-t-elle ?

On entend dire que cette chapelle serait la cellule dans laquelle est mort le moine Morand en 1115.

Ne soyons pas déçus, il ne reste plus rien aujourd’hui, de ce qui a existé du temps de Morand. Les bâtiments du prieuré où habitaient les moines, étaient devenus inhabitables. Les Jésuites arrivés au prieuré en 1621, ont entrepris la démolition et la reconstruction des bâtiments du prieuré entre 1750 et 1756.

Lors de la reconstruction des nouveaux bâtiments, les Jésuites ont aménagé  une chapelle sensée rappeler celle existant dans l’ancien.
Cette cellule ne se trouve donc plus dans le même bâtiment, mais à peu près au même endroit.
Nous pouvons la voir aujourd’hui, dans la partie la plus ancienne de notre hôpital St Morand. Très exactement au premier étage du service de Chirurgie.

Petite visite

Nous suivons un grand couloir qui débouche sur un petit passage silencieux, chaud, intime, « heimlig ». Nous voilà devant la porte de cette chapelle.

Je suis toujours ébloui et ému par cette composition de couleurs, peintures, dorures, sortie intacte d’un autre siècle. Mariastein en miniature. Le seul ensemble de style baroque de tout le Sundgau.

Saint Morand est à l’honneur. Tout nous porte vers lui.

En face de l’entrée, l’autel lui aussi baroque attire notre regard. Au centre le tabernacle doré est surmonté d’une croix. Le retable comporte une belle statue de Marie au centre avec une petite couronne de roses sur la tête et la lune sous ses pieds. (cf. Ch. 12 de l’Apocalypse).

Marie joue un grand rôle dans la vie de Saint Morand. Il se rend toutes les semaines en pèlerinage à Notre-Dame des sept douleurs de Gildwiller.

Deux autres statues entourent Marie :
Sainte Anne, la mère de Marie et grand-mère de Jésus, est toujours représentée avec le livre de la parole de Dieu qu’elle enseigne à sa fille.

Saint Joachim, le père de Marie, est reconnaissable par les deux colombes, comme par exemple, dans le vitrail de l’église de Griesheim-près-Molsheim.

            Un bel agneau pascal représente Jésus sur le devant de la table d’autel.

Le plafond et les murs racontent des scènes de la vie de Saint Morand présentées par de très belles fresques d’un peintre de grande renommée Giuseppe Appiani.  (1700-1785)

Ce peintre a décoré des églises en Suisse, en Bavière, en Thuringe etc.  C’est une grande chance d’avoir à Altkirch, bien caché dans cette éblouissante petite chapelle, un ensemble de chefs-d’œuvre de ce grand peintre.

A gauche en entrant, deux scènes de la vie du Prieur Morand.

Sur le mur du fond, un tableau saisissant du prieuré en proie aux flammes. Morand au premier plan, le bras levé pour le signe de croix, éteint miraculeusement l’incendie.

Sur le mur de gauche, Morand guérit Frédéric comte de Ferrette, d’une grave paralysie. C’est lui, qui avait fait venir les moines de Cluny à Altkirch.

A droite, deux fresques parlent du Prieur Morand après sa mort.

Sur le mur du fond, elle révèle un Saint Morand protecteur de toute la région d’Altkirch. On reconnait bien, à l’extrémité de l’éperon rocheux, le château, son donjon et une tour de garde. On y voit aussi l’église et la grande tour de l’ouest. Au premier plan, coule l’Ill et à côté, en évidence, le chemin qui relie le prieuré à la « ville haute ».

Sur le mur de droite, un groupe de huit personnes entoure le tombeau du Saint. Ils prient et demandent son intercession. Une femme tient dans ses bras un petit enfant. De nombreux miracles ont été obtenus et en particulier la guérison d’un enfant mourant.

Des informations précieuses nous sont venues de plusieurs documents, dont une vie du Saint rédigée par un moine, 50 ans après la mort de Morand. Une autre, datée de 1482, émane d’un docteur en théologie Paul de Stockern.

            Le décorateur a pris soin de rappeler, par une représentation dans les quatre angles de la pièce, les fondements de la foi chrétienne et les motivations profondes de la vie  de Saint Morand.: la foi, l’espérance et la charité.

A gauche près de la fenêtre, nous trouvons l’allégorie de la foi sous l’aspect d’une jeune femme. Elle porte sur un côté une croix, signe de la mort de Jésus crucifié. De l’autre côté, elle porte un calice et une hostie, signes de la résurrection de Jésus vivant sous les espèces du pain et du vin. Dans le haut du tableau, une colombe symbolise l’Esprit Saint garant de la foi.

 A droite près de la fenêtre, se trouve l’allégorie de l’espérance. C’est l’ancre sous la main d’une jeune femme qui nous renseigne. L’ancre rassure les marins et protège le bateau de toute dérive. L’espérance rassure le chrétien, l’empêche de se disperser, et le maintient dans son sillage vers la vie éternelle

Enfin à droite, vers l’angle du fond, on  reconnait la charité. La jeune femme tient un cœur symbole universel de l’amour. De l’autre main, elle montre un pélican. Comme le Christ, le pélican donne sa vie en ouvrant son cœur pour nourrir et sauver ses enfants.

Il y a quatre angles dans une pièce carrée. Le quatrième est réservé à Marie. Au cours de sa vie, Marie a vécu à la perfection les trois vertus cardinales : la foi, l’espérance et la charité.

Au-dessus des deux portes latérales, un angelot dans un médaillon, regarde Morand monter au ciel.

            Quatre vitraux anciens apportent des touches très colorées dans la chapelle. Les quatre représentations sont en rapport avec la vie de Saint Morand, mais aussi avec l’hospice, l’orphelinat et l’hôpital qui ont existé successivement en ce lieu.

De droite à gauche, un vitrail nous rappelle que nous sommes dans un lieu qui s’occupe de pauvres et d’orphelins et qui soigne des malades. On y voit un Saint qui se penche sur un pauvre, il porte sur son bras un enfant abandonné.

Saint Morand ou saint Vincent de Paul, les deux ont été d’admirables témoins de l’amour des plus déshérités. Sur ce vitrail, les habits du Saint sont ceux de Saint Vincent de Paul.
A côté, un vitrail de la naissance de Jésus à Bethléem entre Marie et Joseph. Dieu a voulu naître dans la pauvreté la plus absolue. Les pauvres, qui fréquentent cet endroit pourront s’unir à lui.

A gauche de l’autel, un vitrail où Marthe et Marie reçoivent Jésus. Marthe s’occupe de l’intendance et prépare le repas, alors que Marie, admirative, est assise au pied du Maître et l’écoute.

Les deux attitudes sont le fondement de la vie de tous les moines et moniales depuis que Saint Benoit a fondé les monastères sur le principe de « Orare et laborare » (Prier et travailler).
Tous les religieux et religieuses sont à la fois Marthe par leur travail et Marie par les nombreuses heures qu’ils accordent à la prière.

A côté, sur un vitrail un peu plus sombre, le moine Morand vit ses derniers instants. Il est entouré de ses confrères. Sur la table de nuit, un crâne et un sablier rappellent la brièveté de notre vie sur terre.

Au plafond de la chapelle, une grande fresque au milieu des moulures et des dorures, évoque l’ascension au ciel de Saint Morand entouré d’angelots qui l’emportent sur un nuage.

    Aux quatre angles du plafond, un petit ange dans un médaillon, porte l’un des attributs de Morand : le livre de la parole de Dieu diffusée par Morand dans toute la région, le bâton du pèlerin Morand, on peut voir un soleil symbole de la vie et de la lumière, et enfin un raisin qui rappelle l’introduction de la vigne dans la région par le moine Morand venu de Cluny en Bourgogne.

            En sortant, juste au-dessus de la porte, deux angelots portent un parchemin avec  l’inscription « Hic obiit St Morandus A.D. 1115 »  (Ici est décédé St Morand en l’an du Seigneur 1115.)

Siège de l’aumônerie de l’hôpital, cette chapelle ouverte à tous est particulièrement appréciée par les malades et les visiteurs et les soignants qui y trouvent un espace remarquable, propice au recueillement et à la prière.

André Braunstedter

                                                                                              Altkirch le 20/02/2021