L’Eglise Notre-Dame d’Altkirch

Le nom Altkirch se compose du mot « kirch » : église et du mot « alt » qu’on peut traduire par vieille ou selon d’autres historiens par haute, c’est-à-dire située en hauteur sur la colline.

L’église d’Altkirch est dédiée à Notre-Dame depuis l’origine.

Notre-Dame, mère de Jésus est vénérée à Altkirch d’une façon exceptionnelle comme patronne de l’église mais aussi comme une protectrice.

 Elle a miraculeusement sauvé la ville en 1375 lors d’une attaque de mercenaires.

La statue sur la fontaine du centre-ville est le témoin toujours présent de ce miracle attribué à Notre-Dame.

L’église actuelle se trouve sur l’emplacement du château des comtes de Ferrette, à l’extrémité Est de l’éperon rocheux. Son clocher s’élève à l’endroit où se trouvait le donjon du château.  Elle est bien visible de très loin et de tous les  côtés.   

C’est Monseigneur RAESS évêque de Strasbourg  qui consacre l’église  le 21 avril 1850. Louis TRUNKENBOLTZ était curé et Charles CASSAL député maire de la ville.

Son style typique du 19e siècle avec ses  voussures et ses croisées d’ogives constituées d’arcs en plein-cintre, rappelle le style des églises romanes. Une double rangée de 8 colonnes sépare la nef des bas-côtés. Les chapiteaux de ces colonnes sont richement sculptés de motifs variés.

Sa construction, confiée aux architectes BOLTZ et RENAULT a été réalisée en pierres extraites des carrières d’Altkirch, de Clairegoute (Haute-Saône) et de Wasselonne (Bas-Rhin). D’une superficie de 1200m2, elle mesure 60,70 m de longueur, 20,50 m de largeur et son clocher domine à 45,35 m de hauteur.

Elle remplace une première église de style roman située au centre-ville. Celle-ci, datée de 1254, a été démolie en 1845, pour cause de vétusté. Deux clés de voûte ont été conservées. L’une portait la date de : « 1254 » elle a été perdue.

L’autre porte un nom : « Thomann Hilmaier » sans doute l’architecte ; on peut la voir emmurée dans le sas d’entrée droit de l’église actuelle.

            Cette présentation générale ne doit pas nous faire oublier qu’il s’agit de la maison de Dieu.
Quand nous entrons dans l’église c’est pour y rencontrer Quelqu’un. Tout ce que l’on voit dans une église est destiné à nous rapprocher de notre Seigneur, pour le louer, le remercier, lui confier nos joies, nos soucis et nos peines…
. La beauté des lieux, les autels, le mobilier, la décoration, les tableaux, les vitraux évoquent les pages d’évangile qui révèlent  Dieu.

Le mystère de la foi

Entrons ensemble dans notre église.

Nous y voyons au centre du chœur, le maître-autel. Il a été modifié au cours des années. Il est le centre de notre liturgie, il est l’endroit où le prêtre renouvelle le dernier repas du Christ et où il rend présent le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus.

A côté de l’autel, un peu associé à lui, on découvre un pupitre qu’on appelle l’ambon. C’est l’emplacement où est proclamée la parole de Dieu pendant les offices.

Signalé par une lumière rouge on trouve le tabernacle. C’est l’endroit où se trouve le corps du Christ réellement présent dans le pain eucharistique.
Cette présence, unique dans nos églises catholiques, leur donne un caractère sacré.

Le mystère de l’Incarnation

Dans notre église, le tabernacle se trouve dans le transept nord sur l’autel de la Vierge Marie. En calcaire de Bar-le-Duc, cet autel a été réalisé par les ateliers Laurent.

Les sculptures nous rappellent l’origine du christianisme : l’incarnation du Fils de Dieu. Une scène sculptée raconte l’annonce de l’ange à Marie suivie du « Oui » de la Vierge. Autres scènes, la visitation de Marie à sa cousine Elisabeth et la naissance de Jésus à Bethléem.

Indissociable de Jésus et de Marie, il nous faut aller dans le transept sud pour trouver cet homme admirable, discret, et tellement attachant : Joseph. Sur l’autel de Saint Joseph, daté de 1890, on trouve les scènes de sa vie au cœur de la sainte famille.

Joseph, selon les spécialistes, serait mort avant la vie publique de Jésus. On voit une sculpture de la mort de Joseph entouré de Jésus et de Marie. Toujours dans le transept sud, un tableau, de la maison OSTER de Strasbourg (1856), représente la mort de St Joseph et en face un tableau de la même facture, montre « les fiançailles de Joseph avec Marie » d’après Raphael.

En levant les yeux un peu plus haut, on est ébloui par la belle rosace et en dessous, le vitrail de Joseph, entouré de Jésus et Marie à Nazareth dans son atelier de menuisier-charpentier (1889), vitrail du verrier Henri BURCKHART de Munich.

Si vous avez une demande à faire à Jésus, passez donc dans ces deux transepts. Vous y trouverez deux avocats précieux. On sait bien que Jésus ne refuse rien à Marie sa mère, on sait aussi qu’il ne refuse rien à Joseph son père !

La mort de Marie est exceptionnelle. Elle est élevée au ciel avec son corps. Nous trouvons l’Assomption de Notre-Dame dans le chœur sur le mur du fond. Un beau tableau de 1850, lumineux et brillamment coloré, du peintre Gustave Dauphin de Belfort, représente cette montée au ciel de la Mère de Dieu dans un halo de lumière entourée d’angelots…

Au-dessus du tableau, une rosace représente Marie avec l’Enfant Jésus. C’est une reproduction sur vitrail de Notre-Dame de Strasbourg.

Les origines de l’Eglise universelle.

Dès le début de sa vie publique, Jésus appelle douze hommes pour être les témoins de sa vie, de son enseignement, de sa mort et de sa résurrection. Ce sont les douze Apôtres représentés dans les vitraux tout autour du chœur, fabrication en 1880 des ateliers Henri Burckhart.

Au-dessus  de chaque vitrail, une rosette présente un passage de l’Evangile en rapport avec un Apôtre. Par exemple la remise des clés du royaume, à Saint Pierre, chef des Apôtres.

C’est le fondement de l’Eglise.

Les témoins de la mort de Jésus

Le soir du dernier jour de Jésus sur terre, après l’institution de l’Eucharistie lors de la Sainte Cène, il se retira au Mont des Oliviers avec ses disciples. Il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean et il leur demanda de prier avec lui.

Dans le transept nord de notre église se trouvent posées sur le sol les quatre statues de pierre monobloc datées du 14e siècle qui rappellent ce passage de l’Evangile.

Cet ensemble de statues appelé « Mont des Oliviers » est l’une des œuvres d’art les plus belles et les plus exceptionnelles de notre église.  Elles sont actuellement en instance d’être mises en valeur. A l’origine, elles se trouvaient dans l’ancienne église. Transportées dans la nouvelle église, elles sont finalement placées sur un montage rocheux contre le mur sud à l’extérieur de  l’église en 1931.

Pendant la 2e guerre mondiale, il a fallu les protéger. Quelques fanatiques hitlériens ont cassé les nez des statues. Des propos racistes faisaient croire que le nez des Juifs était grand et busqué, Or Jésus et ses disciples sont juifs !

Vue l’importance à tous points de vue de ces vénérables statues, elles ont été rentrées dans l’église pour être protégées.

Après l’arrestation de Jésus, Ponce Pilate le procurateur romain, le fait flageller. C’est un tableau de KEVIN, copie du célèbre tableau de TITIEN au Louvre, qui montre « le Christ couronné d’épines ». Il se trouve dans le transept nord.

Le chemin de croix que va subir Jésus après sa condamnation par Pilate, est reproduit sur les quatorze vitraux de la nef. C’est encore Henri Burckhart qui réalisa ces vitraux en 1889.

Une particularité significative de notre histoire alsacienne, se révèle dans ces vitraux. Les inscriptions sont en allemand côté sud et en français côté nord. Pourquoi ?

            Après 1870, l’Alsace est redevenue allemande. Donc en 1889, ces inscriptions sur les vitraux de Burckhart sont en langue allemande.

Lors de la première guerre mondiale, les vitraux côté nord sont détruits par les tirs français. Ils  visaient la deuxième ligne allemande qui s’était camouflée au pied de l’église et tout au long de l’Illberg. Certains impacts de mitraille et d’éclats d’obus  y sont encore visibles.

En 1918, l’Alsace redevient française. Les vitraux côté nord, sont reproduits à l’identique par la maison OTT en 1920,  les inscriptions  seront alors en français.

A remarquer les diverses couleurs encore belles et vives du verre de ces vitraux sur lesquels il est intéressant de trouver quelques détails insolites.

Le Christ meurt sur la croix.

Dans le transept nord se trouve un autre chef d’œuvre. Un grand tableau daté de 1855,  « Le Christ mourant » d’après PRUD’HON de notre peintre alsacien Jean-Jacques HENNER. La beauté et la qualité de ce tableau ont largement contribué à donner au jeune peintre une notoriété et une renommée dans toute la région.

Dans le transept sud une belle et très précieuse Pietà de la fin du 15e siècle représente  Marie portant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la croix avant sa mise au tombeau.

Les témoins de la résurrection de Jésus

Le Christ est mort. Nous trouvons maintenant des témoins de sa résurrection et de sa vie. Ce sont d’abord  les douze Apôtres sur les vitraux du chœur dont nous avons parlé. Il y a aussi les quatre Evangélistes sur les vitraux du transept nord.

Sur le vitrail central du chœur, sous la rosace de la Vierge de Strasbourg, on voit deux témoins importants : Saint Sébastien et Saint Morand.

St Sébastien, patron secondaire de l’église, est né vers 250 à Narbonne. Centurion des légions  romaines, il devient témoin du Christ. Pour ce motif, il est martyrisé sous l’empereur romain Dioclétien, par des tirs de flèches. Saint Sébastien est invoqué pour lutter contre la peste et contre toutes sortes d’épidémies.

Une importante Confrérie de Saint Sébastien a existé à Altkirch. Cette Confrérie venait au secours des personnes pauvres, malades et abandonnées.

Un important tableau de M. OSTER représente « St Sébastien refusant de servir les idoles »1851 sur la gauche, à l’entrée du transept nord.

Saint Morand, à côté de Sébastien  est un autre témoin de la foi, très cher au cœur de tous les Sundgauviens. Il porte le titre élogieux d’« Apôtre du Sundgau ».

On le voit aussi sur un grand tableau de M. OSTER qui fait le pendant de celui de Sébastien  « Saint Morand délivre le Comte de Ferrette de sa maladie »1851,  sur la droite, à l’entrée du transept sud.

Un vitrail du transept sud le montre avec les pauvres.

Sur l’autel de la Vierge, transept nord, une statue représente encore St Morand en compagnie d’une autre grande sainte alsacienne  Ste Odile.

Nous aurons l’occasion de parler longuement de Saint Morand, de son Prieuré, de l’église, du cimetière et de la chapelle baroque au premier étage de l’hôpital.

Sous la flamboyante rosace du transept nord, une grande témoin du Christ vénérée dans toute la France : Jeanne d’Arc. Le vitrail : « Entrée de Jeanne d’Arc à Orléans » a été réalisé en 1920 par la Maison Ott de Strasbourg, il remplace celui de la Vierge détruit pendant la guerre.

Au centre de la nef, la chaire érigée en 1860 par l’atelier Laurent de Nancy est un don de Mme Joséphine Jourdain. L’escalier d’accès est jalonné de piliers surmontés des statues de grands témoins et commentateurs de l’Evangile on les appelle les Pères de l’Eglise : les saints  Basile, Chrysostome, Augustin et Grégoire.

Les quatre Evangélistes ornent la partie centrale de la chaire. Malheureusement il ne reste en place que Saint Jean.

Au-dessus des vitraux de la nef, les 14 Saints Auxiliaires sont représentés en médaillons. Ils sont connus pour leurs aides précieuses contre toutes sortes de dangers : Achas, Aegide, Barbe, Blaise, Catherine, Christophe, Cyriaque, Dion, Erasme, Eustache, Georges, Marguerite, Pantaléon, Vite(Guy).

A l’entrée de l’église, à droite et à gauche de la grande porte, deux grandes et belles statues en bois représentent Saint Morand et Saint Antoine de Padoue.

L’orgue, la musique, le chant

Que seraient nos célébrations sans l’orgue ? Nous avons le bonheur d’avoir un orgue majestueux. A l’origine, c’était un orgue du Strasbourgeois Johann Andréas Silbermann, l’un des meilleurs facteurs d’orgues d’Europe. Il a été transféré de l’ancienne église dans la nouvelle en 1850. Malheureusement des rénovations et surtout la 1e  guerre mondiale sont les causes de son importante dégradation. En 1917 les tuyaux en étain furent réquisitionnés et fondus. Il reste actuellement de cet orgue Silbermann des éléments de boiseries décoratives : la tourelle centrale, des sculptures, les angelots musiciens et une partie du couronnement.

  Aujourd’hui c’est l’instrument construit en 1924 par Joseph Rinckenbach d’Ammerschwihr qui résonne dans notre église. C’est l’un des orgues les plus intéressants du Haut Rhin.

Les éléments du buffet de l’orgue Silbermann sont intégrés avec bonheur au buffet réalisé par la maison Guthmann de Logelbach. C’est une réussite, ce buffet impressionnant est splendide.    

Après quelques réparations et transformations en 1939 et 1950, l’orgue fut restauré  en 1996 par Christian Guerrier. A l’occasion de cette remarquable  restauration, la transmission pneumatique a été remplacée par une transmission électrique. Il contient actuellement plus de 2 600 tuyaux répartis sur 42 registres de jeux. L’organiste dispose de trois claviers et d’un pédalier.

Nous avons la chance d’avoir d’excellents organistes. Pour maîtriser ce merveilleux instrument, il faut des connaissances, des compétences, bref il faut être un artiste.

Et notre belle chorale qui anime et rehausse les célébrations, l’apprécie grandement.

Le rayon lumineux

            Hasard ou instruction religieuse ?

Autour de midi, à l’équinoxe du printemps et d’automne, un rayon lumineux rouge éclaire successivement  les statues des pères de l’église qui entourent la chaire : Saint Chrysostome, Saint Augustin et Saint Grégoire. Il finit par éclairer la statue de l’Evangéliste St Jean placée sur l’avant de la chaire.

D’où provient cette lumière rouge qui se projette sur ces statues ?

En face de la chaire et légèrement à droite se trouve la rosette de Saint Cyriaque. Il est l’un des 14 Saints Auxiliaires qui sont représentés dans les rosettes au-dessus des vitraux de la nef.  Les rayons du soleil traversent le manteau rouge de Saint Cyriaque et viennent éclairer les statues de la chaire en contrebas.

 Si ce n’est pas un hasard, quelle serait l’explication religieuse ?

Cyriaque, comme tous les 14 Saints Auxiliaires est invoqué pour délivrer le croyant de maux inguérissables à l’époque. Cyriaque est sollicité pour guérir les maladies des yeux, les anxiétés de la nuit et du noir, mais aussi les possessions diaboliques.

La lumière qui jaillit de la mauvaise vue, de la nuit et du mauvais, éclaire paradoxalement et successivement les Pères de l’Eglise qui enseignent les paroles de vie, de vérité et de lumière transmises par  l’Evangile. Ce rayon lumineux finit par éclairer la statue de Saint Jean l’apôtre de la lumière. C’est lui qui commence son Evangile en écrivant : « Au commencement était le Verbe,…le Verbe était Dieu …Il était la Lumière des hommes et la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres n’ont pu l’atteindre. Il est la Lumière véritable qui éclaire tout homme en ce monde ! ».

Si ce rayon rouge est un hasard, on peut dire que le hasard fait bien les choses !!!

Conclusion

            Chefs d’œuvre anciens, récents, exceptionnels, les œuvres d’art de notre église, nous parlent toutes de Dieu incarné en Jésus Christ, mort et ressuscité. Elles sont là pour favoriser notre recueillement et nous porter à la louange, à la prière et à la rencontre de notre Seigneur.

                                                                                  Altkirch 30 janvier 2021

       André Braunstedter