Saint-Morand Altkirch

Dans notre Sundgau et même au-delà, tout le monde connait Saint Morand.
Mais de qui parle-t-on ?
D’une personne du nom de Morand ?
D’un lieu où se trouve un hôpital ?

Le lieu

Selon des recherches effectuées dans la région, ce lieu situé dans la combe entre le « Rebberg » et la colline du « Klosterwald », est un lieu où les ondes de vie sont particulièrement positives.

La résonance du sol sur la vie est très bénéfique. Les anciens bâtisseurs étaient des initiés et savaient trouver ces endroits propices au bien-être. Aujourd’hui encore, les malades soignés à l’hôpital St Morand, guérissent plus vite qu’ailleurs !…(1) (2)

            A l’origine, avant le Moyen-Age, se trouvait à cet endroit, une paroisse tenue par un collège de chanoines séculiers.

L’église était sous le patronage de St Christophe, le patron des voyageurs et passeurs de gué. Or il  y avait justement à cet endroit un passage à gué sur l’Ill.

Au début du 11e siècle, Frédéric comte de Ferrette, est venu construire un château sur l’éperon rocheux qui domine l’Ill et la croisée des chemins. Il tenait à avoir un lieu sacré où lui et sa famille, pourraient être ensevelis et gardés. De plus, il souhaitait bénéficier des prières et des offices célébrés par des religieux.

C’est ainsi qu’en 1105 le comte fit don de l’église et des dépendances de St Christophe à Hugues de Semur, Abbé bénédictin de Cluny.  Dès lors, l’Abbé de Cluny envoie à St Christophe quelques moines bénédictins dont le Prieur Constantinus.

Problème, ni le Prieur, ni les moines, ne parlent l’alémanique. Comment apporter la parole de Dieu sans connaître la langue ?  Informé, l’abbé Hugues envoie alors dans notre Sundgau un moine d’expression alémanique nommé MORAND. C’est la personne attachante et remarquable qui va marquer durablement l’histoire de ce lieu. 

En attendant de le retrouver, parlons encore un peu du lieu où les moines bénédictins construisent et agrandissent leur prieuré. Leur vie de prière, de travail et d’amour de Dieu et du prochain, ne sera pas un long fleuve tranquille.

En 1191un terrible incendie ravage le prieuré. Le Prieur Chuono le fait restaurer.

1356, c’est l’année du terrible tremblement de terre.

En 1375 les mercenaires d’Enguerrand de Coucy cassent et pillent tout ce qui peut se prendre.

La peste fait des ravages dans le Sundgau en 1427.

Plus tard, les Armagnacs en 1444 ravagent les lieux et incendient les bâtiments. Le Prieur Grantner les fait reconstruire.

Mais déjà en 1525 le prieuré est de nouveau gravement endommagé lors de la Guerre des paysans. Les archives sont brûlées, un moine est assommé dans l’église, le Prieur Pierre Goldelin sauve sa vie en traversant l’Ill à la nage.

Les années noires de la Guerre de Trente ans dans le Sundgau, n’épargnent pas la communauté des religieux, surtout dans les années 1634 et 1637. L’un des frères fut attaché à la queue d’un cheval qu’on fait galoper.

Les malheurs continuent, les impériaux, suivis des troupes françaises de Turenne en 1674, causent d’importantes dégradations au prieuré.

Enfin, une belle période de paix et de prospérité permet aux pères jésuites, qui ont remplacé les bénédictins en 1621, de reconstruire de 1750 à 1756 les bâtiments vétustes et délabrés.

Ces bâtiments existent toujours aujourd’hui. Ce sont les plus anciens de l’hôpital. Le portail d’entrée est mis en évidence dans le hall d’accueil. Il porte la date de 1752.

Le portail de la clôture est placé à l’entrée de l’hôpital bien visible de la rue du 3e Zouave.

Sur la façade sud de ce bâtiment on peut lire l’heure sur un cadran solaire illustré par le peintre Altkirchois Arthur Schachenmann en 1933.

1789, année de la Révolution. Elle sonne le glas du prieuré. C’est la fin d’une grande histoire de destructions et de reconstructions, de chutes et de relèvements, de misères et de prospérités. Les religieux sont chassés. Les biens sont confisqués et volés par les révolutionnaires. Les immeubles sont vendus aux enchères.

Une nouvelle vie s’annonce alors pour ce qui fut un prieuré.

En 1793, les locaux des religieux deviennent un hôpital ambulatoire lors de l’offensive de l’armée du Rhin. Cette nouvelle destinée se confirme en 1815 lors des affrontements militaires qui ont suivi la chute de Napoléon.

1829, c’est la date où les bâtiments devenus  propriété de la ville sont aménagés en hôpital et hospice. Ils vont conserver cette fonction jusqu’à nos jours. Deux religieuses de la congrégation de la Charité de Strasbourg assurent le soin des malades. A partir de cette date, et jusqu’à la fin du 20e siècle, elles seront 141 religieuses à s’être dévouées sans compter à l’hôpital St Morand. A l’époque du docteur Feuerbach, elles étaient une quinzaine de Sœurs soignantes.

 Il y aura un nouveau bâtiment en 1876 pour loger les nombreux orphelins.

Par la suite il accueillera les personnes âgées et sera totalement démoli en 2006 pour laisser la place à la toute nouvelle structure des urgences, de la radiographie et de la chirurgie.

Une importante extension, perpendiculaire à l’ancien bâtiment,  est réalisée par l’entreprise Schrott en 1932.

Un nouveau bâtiment pour accueillir les affections de longue durée, est inauguré en 1964.

1981 est l’année de construction d’une nouvelle unité de médecine sur deux niveaux et aussi une nouvelle cuisine collective.

La nouvelle maison de retraite Ehpad (Etablissement hospitalier personnes âgées dépendantes) a été construite en 1992.

 2007 voit sur l’emplacement approximatif de l’hospice démoli, une très importante construction en béton qui pourra accueillir au rez-de-chaussée les urgences et la radiographie,  dans les étages un plateau de chirurgie ultra-moderne.

             Devenu Prieuré il y a 900 ans, devenu hôpital il y a 200 ans, ce lieu est marqué, dans une continuité remarquable, par la pratique d’un amour du prochain sans faille.

  • « Hauts lieux vibratoires de la santé » G.Altenbach et B.Legrais, ed. du Rhin 1983
  • Autres lieux dans notre région : Oberlarg (Mannlefels), Grunenwald, Koestlach (Kastelberg), Couvent d’Oelenberg, etc.

La personne

Morand, c’est le nom de cette personne.  Ce nom est resté attaché à ce lieu, à son  église, à l’hôpital, au cimetière, à la maison de retraite, au pèlerinage ainsi qu’à de nombreuses églises de la région. L’origine de Morand est liée  d’une certaine façon à la ville de Worms en Rhénanie-Palatinat. Ceci explique sa pratique de la langue alémanique.

l arrive en 1106, et fait une très bonne impression à tout son entourage. Il est envoyé par l’Abbé Hugues de Cluny. Il s’était arrêté au monastère de Cluny, puis s’est engagé dans la vie de moine bénédictin après son pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle. Doté d’une grande expérience religieuse et d’une foi profonde, il mène une vie de charité exemplaire.

 « Sa bonté de cœur, sa douceur envers tous, étaient réellement admirables. Son visage reflétait toujours le calme et la joie. Il enseignait avec éloquence. Toute sa vie était pure et édifiante. Il était pour tous un modèle… » Voilà un extrait qu’on peut lire sous la plume d’un de ses hagiographes.

                              En tant que Prieur de la petite communauté de 5 moines, il préside aux offices, aux prières, aux études et au travail des religieux. En tant qu’apôtre, il parcourt la région et enseigne la parole de Dieu dans les villages de la région. Il se rend fréquemment en pèlerinage à Gildwiller sur le mont et passe donc à Balschwiller où il sera choisi comme patron de la paroisse plus tard.

Comme toutes les communautés monastiques, les moines du prieuré défrichent et cultivent. On attribue à Morand l’introduction de la vigne dans le Sundgau. Venant de Bourgogne, il aurait apporté des plants de vigne cultivés dans le vignoble de l’Abbaye de Cluny. Morand patron des vignerons est honoré par une chapelle dans les vignes de Steinbach et dans plusieurs autres régions viticoles jusqu’au-delà du Rhin en pays de Bade à Merdingen au Tuniberg en Brisgau où l’on trouve dans les vignes, une statue de St Morand.

                             

Par sa foi profonde, les intercessions de St Morand sont très souvent exaucées. Il obtient l’arrêt de l’incendie du prieuré. La scène est représentée par G. Appiani dans la chapelle de l’hôpital.

Il obtient de nombreuses guérisons pour les plus pauvres parmi les pauvres de son époque. On a retenu la guérison de trois aveugles et deux paralytiques.

Il ne vivra pas dix ans au prieuré de St Christophe. Mais au cours de ces quelques années, il marquera ce lieu de son empreinte de sainteté jusqu’à nos jours.

                              Le 3 juin 1115, il quitte ce monde. Le jour de ses obsèques, les religieux et prêtres du diocèse de Bâle étaient présents. Il y avait une foule de chrétiens venus de toute la région. Ce jour a été le début d’un flot presque ininterrompu de pèlerinages et de rassemblements autour de son tombeau. Ni les guerres, ni la révolution, n’ont réussi à étouffer cet élan populaire dirigé vers ce saint homme.

L’Eglise le canonise dès la fin du 12e  siècle.

Le nombre de miracles obtenus par son intercession, tant de son vivant qu’après sa mort, a plaidé en sa faveur.

                              Vers 1469, le Prieur Grantner consigne dans les registres une douzaine de miracles. Parmi les plus frappants on peut citer celui d’une fillette de 4 ans laissée pour morte après sa chute du haut d’une charrette. Le père l’apporte devant la tombe de St Morand qu’une foule vient implorer. La fillette retrouvera la santé sur le champ. Un boucher d’Altkirch, Jean Wild dont l’état de santé est désespéré retrouve la forme, « comme ressuscité ». Enfin, une enfant écrasée sous une roue de charrette, sera sauvée suite à l’intercession de St Morand. A noter aussi la libération d’un possédé de Satan.

                              De 1614 à 1628 un moine établit la liste des miracles obtenus grâce à notre Saint. Un enfant muet retrouve la parole. Trois religieux emportés avec leur charrette et leur cheval, dans le courant de l’Ill en crue, sont sauvés, etc.

                              Une publication de 1757 rapporte de nombreux miracles obtenus par St Morand. Une femme venue près de son gisant en béquilles, s’en retourne guérie. Un employé de la ville, victime d’un accident de voiture hippomobile implore Morand et obtient la vie sauve.

                              Il est vraiment regrettable que les nombreux remerciements « ex voto » présents sur les murs de l’église St Morand aient disparu. Dans les années 1960, après le concile Vatican II les églises ont souvent été rénovées, dépouillées et modernisées. Aujourd’hui nous pouvons regretter la disparition irrémédiable de certaines œuvres souvent appréciables et toujours véritables expressions de la piété populaire.

                                                                                                          Altkirch le 15/03/2021

                                                                                                          André Braunstedter

Pour en savoir plus…….

L’église Saint-Morand

La source Saint-Morand

Le pélerinage Saint-Morand

La chapelle du repos de Saint-Morand